En creusant le thème des revues de transfert et de diffusion, je suis tombé sur un rapport canadien intitulé La science, comment s’y retrouver ? – Revue systémique des écrits sur le transfert de connaissances en éducation (2008).
À la lecture de ce document, il apparaît que la spécificité de ce type de revues est son lectorat : elles s’adressent à un public d’utilisateurs, de praticiens. C’est le cas par exemple de la revue Sciences Eaux & Territoires de l’IRSTEA (ex-Cemagref).
Ce lectorat cible conditionne donc la stratégie de diffusion et de construction d’une base d’abonnés. La présence en kiosque, l’existence d’un tarif « jeune » (à moins de viser des étudiants-futurs praticiens) ne semble pas être les meilleurs choix, tandis que viser les institutions, les professionnels, les centres de documentation technique est plus judicieux.
Ce qui suit est destiné à aider les éditeurs de ce type de revues à se concentrer sur l’essentiel pour accroitre la qualité de leurs revues et augmenter leur diffusion: les objectifs de la revue, les facteurs de réussite du transfert et de la diffusion des connaissances, ce qui doit être transférer et la manière de la faire
Résumé de La science, comment s’y retrouver ?– Revue systémique des écrits sur le transfert de connaissances en éducation (2008, Canada, 47p).

L’objectif du transfert de connaissance :
(p37-39) Sur le plan individuel : le but est de rompre l’isolement des praticiens (entre eux, avec la recherche), de favoriser l’acquisition de connaissances, l’amélioration des pratiques et des performances (et donc la conservation et la préservation de la nature pour les revues sur les sciences de la nature) et le développement personnel et professionnel, le partage d’expériences & de connaissances, l’ouverture au changement et à la prise d’initiative.
(p39-41) Sur le plan organisationnel : l’objectif est la création et l’intensification des contacts et collaborations Chercheur-Utilisateur et Utilisateur-Utilisateur (sources de motivation et amélioration pour les deux), l’amélioration des performances environnementales des organismes, l’amélioration de la gestion des ressources (utilisation des outils, aide à la décision éditoriale) des agents de liaison.
Les facteurs de réussite
Selon le rapport canadien, les éditeurs des revues de transfert et de diffusion sur les sciences de la nature sont des agents de liaison (« gestionnaires », autres exemples possibles : Fédération des parcs naturels, Fédération des conservatoires, FNE…) entre les chercheurs et les praticiens. Les facteurs de succès indiqués sont :
Des facteurs individuels (p6) :
- l’expérience personnelle en matière de transfert de connaissance (passé dans l’édition, dans le journalisme scientifique, dans le milieu universitaire scientifique ?). Le corolaire est la participation favorisée par la structure aux conférences en communication & transfert, en recherche scientifique (p26-27) ;
- la capacité cognitive (formation supérieure, capacité à réfléchir et à jugé face à l’info, faire de la veille) (p27) ;
- le capital relationnel (son réseau et sa capacité à agir, en particulier les liens avec la recherche et les praticiens) (p27-29) ;
- les facteurs personnels (motivation & enthousiasme, intérêt et attitude positive envers la recherche, « leadership du transfert », ouverture au changement, etc.) (p29).
Des facteurs organisationnels :
- les caractéristiques organisationnelles : culture favorable aux contacts avec les chercheurs et praticiens, formalisation et centralisation moindre, climat d’appui de la structure et des collègues, expérience du milieu de la recherche (p30) ;
- les ressources organisationnelles déployées pour le transfert (stratégie, processus, gestion, clients, etc.) : ressources humaines (internes) et financières (physiques), temps consacré à la lecture, à la compréhension et à l’utilisation des infos (p30-31) ;
- les réseaux de contacts : favoriser et être à l’écoute des échanges entre chercheurs et utilisateurs, soutien externe (lien avec le milieu de la recherche –universités, laboratoires et instituts–, avec le milieu académique & scolaire via des communautés de pratique, fichiers abonnés et presse, partenaires…) (p31) ;
- les politiques organisationnelles pour soutenir le transfert : soutien et reconnaissance, formation continue en recherche scientifique, etc. (p31-32).
Les étapes du transfert de connaissance de l’agent de liaison
Cf. p. 21-25, tableau 3 p. 24.
La réception des connaissances :
Un bon agent de liaison doit être capable de reconnaître la valeur de l’information récoltée (grâce aux comités de relecture experts par exemple ?) et être capable de faire remonter les besoins des praticiens (Peut-être via le courrier des lecteurs et l’incitation à écrire à la rédaction, par des enquêtes/sondages, par l’écoute des tendances & travaux sur ces besoins ?).
L’adoption des connaissances :
L’éditeur doit pouvoir avoir sa propre idée sur la valeur de l’information, sur sa pertinence pour les praticiens, et donc pouvoir choisir de retenir/mettre en valeur une information (grâce aux connaissances du secrétaire de rédaction, du rédacteur en chef, du comité de relecture).
Ex. d’info à exploiter : une connaissance propre à une discipline (botanique, zoologie…), des bonnes pratiques et des échanges de pratiques pour innover, une connaissance pratique, une réponse aux questions et enjeux actuels.
Idée pour ces 2 points : former un comité de lecture ou de conseils dans le choix des articles/sujets/dossiers rassemblant chercheurs et praticiens (enseignant, documentaliste, technicien-conservateur, étudiant en master, etc.). Cela peut se faire par des réunions, des webconférences via skype, une liste de discussion, un forum, etc.
Autre possibilité : dynamiser une communauté de lecteurs pour avoir un max. de retours (avis sur ce qui est publié, tant sur le fond que la forme, suggestions de sujet/dossier, attentes et questions des lecteurs, etc.). Cela peut être fait avec les mêmes outils ou encore avec un blog, une association locale de lecteurs…
3e voie : les échanges avec les pairs, avec les autres acteurs du transfert et de la diffusion (autres revues –ex : Espaces naturels–, sites web –ex : ornithomedia.com ; Tela botanica–, centres de documentation, éditeurs –EDP Sciences–, Fédération des conservatoires, etc.) via des rencontres, séminaires, ateliers, courriels, rapports…
L’adaptation des connaissances :
C’est la capacité à transformer l’info fournies par des chercheurs pour la rendre accessible et utilisable par les praticiens (ex : en jouant sur le format d’article, le vocabulaire, en traduisant des textes, en les synthétisant, en les illustrant d’infographies…).
Ex. d’accessibilité : être disponible facilement (dans les centres de documentation des praticiens, sur Internet, dans la presse professionnelle…), adopter un langage clair, sans ambigüité et illustré d’exemples concrets.
Ex. d’utilisabilité : être en concordance avec le contexte des utilisateurs (valeurs, expériences, structure, ressources disponibles).
La dissémination des connaissances vers les praticiens :
C’est la capacité à transférer les résultats de la recherche adaptés vers les praticiens.
Ce qui est transféré
Les connaissances à privilégier, car recherchées par les praticiens, sont celles destinées à l’enseignement & à la formation (cours et programmes), à réduire les risques au cours des prises de décisions (« données probantes »), à mieux se représenter son environnement professionnel (des concepts et des données) et enfin à améliorer les relations interpersonnels (mieux comprendre les différents praticiens-partenaires et mieux communiquer avec eux).
Les mécanismes de transfert
2 mécanismes sont efficaces : ceux d’information et ceux d’interaction (tableau 5 p38).
Mécanismes d’information
(p35-36) C’est la captation des connaissances de la recherche sans interaction personnelle avec d’autres acteurs. C’est notamment la veille informationnelle auprès des producteurs de connaissance (recherche et expérimentations de praticiens) et la dissémination via la documentation des bonnes pratiques et les innovations à destination des praticiens (support technologique, document écrit, article scientifique, bulletin d’info, guide de bonnes pratiques...).
Mécanismes d’interaction
(p36-37) Ce sont les mécanismes d’échanges entre chercheurs et praticiens, via des alliances & collaborations inter-organisations qui permettent de faire remonter les besoins des utilisateurs et de transmettre les résultats des recherches, ainsi que d’évaluer ces résultats et de favoriser leurs applications.
C’est aussi un moyen de partager les expériences des praticiens, de les intégrer dans une réflexion collective et de les conceptualiser.
Les moyens sont la formation, la collaboration et l’apprentissage qui en découle. Le rôle de l’agent de liaison est alors de faire connaître et d’inciter à participer aux formations, aux projets de collaborations ou de participation à la recherche, aux ateliers d’échanges, aux séminaires & conférences, aux réseaux…
Idée : mettre l’accent sur ce dernier point dans l’agenda des revues ; dans la rubrique Publications ; en tirer des articles (compte-rendu, témoignage, présentation) ?
Idée de partenaires en sciences de l’environnement : les organismes de formations (ATEN, CNFPT, lycées techniques, IUT-IUP-Universités et écoles d’ingénieur en agronomie…) ; réseau de praticiens IDEAL Biodiversité, l’UICN, FNE, FPNR, RNF, Rivages de France, etc. ; organismes de recherche : Muséum, INRA, IRSTEA, Universités & laboratoires, Sociétés savantes (et la FFSSN), IFREMER…
Référence
Landry, R., Becheikh, N., Amara, N., Ziam, S., Idrissi, 0., &
Castonguay, Y.. La recherche, comment s’y retrouver ? Revue
systématique des écrits sur le transfert de connaissances en éducation.
Québec : Ministère de l’Éducation du Loisir et du Sport, Gouvernement du
Québec, 2008.